Métempsycose
Définition et étymologie
La métempsycose désigne la doctrine selon laquelle l’âme, après la mort du corps, transmigre dans un autre corps, humain ou animal, voire végétal selon certaines traditions. Ce concept suppose l’immortalité de l’âme et sa capacité à survivre à la destruction du corps physique pour s’incarner successivement dans différentes enveloppes corporelles au cours d’un cycle de renaissances.
Le terme provient du grec ancien metempsychôsis (μετεμψύχωσις), composé de meta (μετά) signifiant “après” ou “au-delà”, en (ἐν) pour “dans”, et psychê (ψυχή) désignant “l’âme”. Littéralement, il s’agit donc du “passage de l’âme” d’un corps à un autre. Le terme est parfois utilisé comme synonyme de réincarnation ou de transmigration des âmes, bien que des nuances existent entre ces concepts selon les traditions philosophiques et religieuses.
Usage philosophique
Origines et tradition pythagoricienne
La métempsycose trouve ses premières formulations philosophiques en Occident chez les pythagoriciens au VIe siècle avant notre ère. Pythagore lui-même aurait enseigné cette doctrine, affirmant se souvenir de ses vies antérieures. Pour les pythagoriciens, l’âme est d’essence divine et immortelle, mais elle est emprisonnée dans le corps (sôma) comme dans un tombeau (sêma). La transmigration représente un cycle de purification où l’âme doit expier ses fautes à travers plusieurs existences avant de retrouver sa pureté originelle.
Cette conception s’accompagne d’une éthique particulière : les pythagoriciens pratiquaient le végétarisme, considérant que tuer et manger des animaux revenait potentiellement à consumer des âmes humaines réincarnées. Cette doctrine influencera profondément la pensée présocratique et orphique.
La conception platonicienne
Platon reprend et développe la doctrine de la métempsycose dans plusieurs dialogues, notamment Phédon, Phèdre et la République. Dans le mythe d’Er qui clôt la République, il décrit le cycle des réincarnations et le choix que font les âmes de leur prochaine existence. Pour Platon, la métempsycose s’inscrit dans une cosmologie où l’âme préexiste au corps et lui survit.
Dans Phédon, Platon présente la mort de Socrate et décrit la métempsycose comme une preuve de l’immortalité de l’âme. L’âme connaît les Idées éternelles avant sa naissance corporelle, et la connaissance n’est qu’une réminiscence (anamnèsis) de ce savoir antérieur. La métempsycose explique ainsi comment nous pouvons accéder à des vérités universelles : nous les avons contemplées dans une existence antérieure.
Phèdre développe une hiérarchie des réincarnations : selon la vie menée, l’âme renaîtra dans un corps de philosophe, de roi, de poète, d’artisan, ou même d’animal. Cette conception introduit une dimension éthique et eschatologique : la conduite morale détermine la qualité de la prochaine incarnation.
Empédocle et la purification
Empédocle d’Agrigente (Ve siècle av. J.-C.) a également enseigné une forme de métempsycose dans ses Catharmes (Purifications). Pour lui, les âmes sont des démons (daimons) déchus qui doivent expier leur faute originelle à travers trente mille saisons de transmigrations dans différentes formes vivantes. Il affirme lui-même avoir été “déjà garçon et fille, arbuste, oiseau et poisson sautant hors de la mer”.
Plotin et le néoplatonisme
Plotin, au IIIe siècle de notre ère, critique certains aspects de la métempsycose tout en conservant l’idée de transmigration. Il rejette notamment la possibilité pour une âme humaine de s’incarner dans un animal, considérant que seule la partie irrationnelle de l’âme pourrait subir une telle déchéance. Pour Plotin, l’âme supérieure demeure toujours en contact avec l’intelligible et ne descend jamais totalement dans le corps.
Critiques
Aristote rejette la doctrine de la métempsycose en arguant qu’elle viole le principe selon lequel la forme (l’âme) et la matière (le corps) constituent une unité indissociable. Une âme humaine ne peut animer qu’un corps humain, car elle en est la forme substantielle spécifique.
Le christianisme, dominant en Occident, condamnera également la métempsycose comme incompatible avec la doctrine de la résurrection des corps et du jugement dernier unique. Cette opposition théologique explique en partie l’effacement de cette doctrine dans la philosophie occidentale médiévale et moderne.
Résurgences modernes
À partir du XVIIIe siècle, la métempsycose connaît un regain d’intérêt avec la découverte des philosophies orientales, notamment hindouiste et bouddhiste. Des philosophes comme Schopenhauer intégreront des éléments de ces doctrines dans leur système, même si Schopenhauer préfère parler de “palingénésie” plutôt que de métempsycose stricto sensu.
La métempsycose reste aujourd’hui davantage associée aux traditions religieuses (hindouisme, bouddhisme) qu’à la philosophie occidentale contemporaine, où elle est généralement considérée comme une hypothèse métaphysique invérifiable.